[ GAITE LIVE ] Portrait de joueur : Stephano, joueur pro sur Starcraft 2 : Interview

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Plus qu’une passion, « Starcraft 2 » est un sport de compétition et une source de revenus pour Stephano. À 19 ans, il évolue dans les tournois internationaux à un niveau professionnel. Je le retrouve au Meltdown, un bar de gamers proche de République dont la carte des cocktails mentionne Bulbizare, Stimpack, Shoryuken … En sirotant un perrier fraise je lui demande comment il vit son présent et comment il envisage son avenir dans un circuit aussi particulier.

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Qui es-tu ?

Je m’appelle Ilyes Satouri, j’ai 19 ans. Je suis joueur professionnel de StarCraft 2 connu sous le pseudonyme de « Stephano » dans l’équipe Millenium.

Quelle est la spécificité du jeu StarCraft 2 ?

C’est un jeu d’ordinateur très attirant et très apprécié pour ses qualités graphiques – il y a beaucoup d’effets spéciaux et de belles images – mais aussi parce qu’il est très valorisant personnellement : on se sent extrêment fort et puissant quand on y réussit. C’est aussi un des rares jeux vidéo dans lequel on peut devenir professionnel, gagner de l’argent en se battant contre les meilleurs et proposer de belles parties aux autres joueurs et aux fans qui les regardent.

C’est quoi l’itinéraire qui t’a conduit jusqu’à la professionnalisation ? 

À part en Corée du Sud où StarCraft 2 a un statut particulier, les étapes qui ponctuent la carrière d’un joueur sont toujours les mêmes. D’abord, on s’initie au jeu, que l’on pratique pour s’amuser, puis plus on joue et plus on devient bon. Certains deviennent tellement bons qu’ils se font remarquer par des équipes étrangères internationales et c’est là que l’aventure commence réellement. Il y a deux types de joueurs professionnels : ceux qui restent à la maison et ceux qui parcourent le monde. Les premiers vont faire des tournois sur Internet, les seconds n’ont généralement plus le temps de jouer en ligne même s’ils y ont fait leurs armes. Ils se rendent aux quatre coins de la planète pour se réunir sur les plus grosses compétitions, celles pour lesquelles toutes les équipes et tous les fans se déplacent car il y a du beau jeu et de grosses sommes d’argent à la clef.

Des grosses sommes ? Ca fait combien en dollars ?

Au maximum, pour une victoire, je gagne 30 000 dollars. C’est la plus forte dotation sur les tournois. Généralement, les gains pour une première place sont valorisés autour de 15 000 dollars.

Tu as donc gravi les différents échelons dans le jeu : du jeu à la maison pour le plaisir à celui pour la compétition jusqu’aux tournois internationaux. Comment envisages-tu la suite ? Penses-tu continuer à faire carrière dans le jeu ou souhaites-tu, à terme, te diriger vers autre chose ?

J’essaie de procéder par pallier. L’été dernier, après avoir eu mon bac, j’ai dû choisir entre passer professionnel et partir à l’international ou rester semi-professionnel et entamer des études de médecine. Je savais que j’avais la capacité de progresser dans le jeu et gagner de l’argent ; c’est donc la première option que j’ai choisie. L’été revient et le choix aussi : cette fois, ou je persiste ou j’arrête. J’aimerais m’inscrire à l’université mais je me demande si je serais capable de reprendre un rythme de travail aussi conséquent que celui que demandent les études de médecine. Peut-être pourrais-je aller vers un cursus en biologie. J’y réfléchis actuellement et me pose beaucoup de questions car j’aime aussi beaucoup mon métier… et qu’il est très rentable. Ce petit détail fait aussi pas mal pencher la balance.

Est-ce que tu te considères encore comme un joueur ou comme un travailleur ? Tu prends toujours autant de plaisir à jouer à StarCraft 2 maintenant que c’est devenu ton métier ?

Non, je ne prends plus autant de plaisir qu’au départ. J’ai commencé à jouer pour me décontracter et me distraire quand j’avais du temps libre, maintenant le jeu occupe l’intégralité de mes journées car le jeu est devenu mon travail. Par contre, je trouve toujours du plaisir grâce au jeu mais plus tant dans les parties que dans les événements ! J’aime les compétitions car il y a l’adrénaline de la victoire et les réactions de la foule.

Est-ce que tu continues quand même à pratiquer d’autres jeux ?

Oui, bien sûr ! Un joueur reste un joueur. Comme je m’amuse moins avec StarCraft 2, je me défoule avec d’autres jeux : des jeux de rôles et des jeux sur mon iPhone surtout.

Et toi, quel type de joueur es-tu ? Un Spike ? Comment te positionnes-tu dans cette scène si particulière ?

Dans le milieu dans lequel j’évolue, les joueurs professionnels sont généralement assez geeks, fermés et coincés. Ils ne vont pas trop faire la fête et préférent rester à s’entraîner, à se concentrer sur le jeu. Moi je joue pour m’amuser un peu pendant les tournois et pour dépenser l’argent que je gagne ! Je suis un bon vivant et plutôt ouvert d’esprit. Je me moque complètement du fait de perdre ou de gagner et je m’énerve très rarement quand je subis une défaite. Parfois même, il m’arrive de sourire quand je me fais battre car ces parties-là offrent du beau spectacle. Je ne crois pas avoir de rancune envers un joueur en particulier ; et si jamais j’en ai, ce n’est pas à cause d’une partie mais à cause d’un type de personnalité.

Et hors de ce milieu, quelle est la réaction des gens quand tu leur dis ce que tu fais dans la vie ?

En fait, j’essaie de ne pas trop en parler ! L’opinion générale est encore très négative concernant les joueurs professionnels. Les gens ne sont pas habitués à ce genre de métier et ils vont directement penser que je perds mon temps et que je ne fais rien d’autre dans la vie que d’être collé à mon écran. Le cliché qui vient immédiatement en tête, c’est celui de l’adolescent restant en permanence derrière l’ordinateur et qui, de fait, aura des mauvaises notes à l’école et donc ratera son bac, ses études, sa vie, etc… Même ma mère était absolument contre le fait que je pratique le jeu à un niveau semi-professionnel et professionnel parce qu’elle avait peur de ce genre de choses. Elle a tenté de m’en empêcher mais à partir du moment où il y a eu des rentrées d’argent, elle a changé d’avis… Et je peux aussi compter sur le soutien de ma famille et de mes proches.

Comment ferais-tu si tu devais convaincre quelqu’un qu’il se trompe peut-être sur l’image qu’il a des joueurs professionnels de jeux vidéo ?

Je lui raconterai mon histoire.

Crédit Photo : Clément Bec-Karkamaz
Merci au Meltdown, nouveau bar de gamers
situé du côté de la Place de la République

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