[ GAITE LIVE ] Rafael Rozendaal, le seigneur des domaines

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Rafael Rozendaal est un artiste du net, qui met en ligne depuis plus 10 ans des sites-objets ludiques et poétiques. Sollicité par l’émission l’Œil de Links, il vient de donner sa propre interprétation du 11 septembre. Profitons-en pour raconter cette figure du net-art et ses mondes colorés.

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Initials rr

Exportées ponctuellement dans des expositions ou des événements artistiques prestigieux à travers le monde, les œuvres de Rafael Rozendaal sont toujours accessibles à l’endroit pour lequel elles ont été conçues : le web. Ayant trouvé dans le réseau son lieu d’expression privilégié, il n’a pas hésité à se faire tatouer le mot “Internet” sur la lèvre – à l’intérieur de la bouche, là où selon Tzara, la pensée se forme.

Il aura fallu une petite décennie à ce jeune hollandais pour devenir un des netartistes les plus célèbres de sa génération. Rafael Rozendaal s’est fait un nom, et même des initiales, en concevant une myriade de sites interactifs qui incitent à jouer avec le dispositif, à rire de leur stupidité, à s’émerveiller de leur étrangeté, à l’image de la manipulation de planètes imaginaires sur futurephysics.com.
Quand on l’interroge sur ses influences, RR dresse une liste de références éclectiques mêlant histoire de l’art, culture populaire et folklore d’Internet. La force de ses créations réside dans leur capacité à de se passer de toutes références culturelles spécifiques et de pouvoir, donc,  concerner la multitude d’anonyme épars dans le monde qui les visitent.
Sur son tout premier site whitetrash.nl conçu en 2001, RR permettait aux internautes de grimer son visage en l’affublant, en quelques clicks en en musique, de divers postiches. Lorsque Miltos Manetas, pionnier et grand gourous du netart, le découvre il pressent le potentiel créatif et la force conceptuelle de cette absurde proposition. Derechef, il convie le jeune homme à Los Angeles.
Démo du livre Domain Names

Des localités à vendre

Depuis cette rencontre, RR met régulièrement en ligne des sites dont les noms poétiques ou prosaïques décrivent et augmentent leur contenu comme par exemple unliketherest.com qui figure une pastèque pleurante. L’ensemble de ces Urls, identifiant les localités et titrant les œuvres, sont désormais rassemblées dans un livre monographique intitulé Domain Names 2010-2001.
Sur Internet, royaume du copie-collé et de la gratuité, les noms de domaine sont l’exception qui confirment la règle : ils sont uniques et commercialisés. Leur rareté fait leur valeur, c’est ainsi que RR envisage de décliner certains sites en .com, .org et .net afin de pouvoir les vendre à de plus nombreux amateurs.
Les noms de domaine étant cessibles, les œuvres de RR font l’objet d’un marché. Les collectionneurs peuvent obtenir l’exclusive propriété d’un site à condition d’y mettre le prix et de s’engager – comme le stipule le contrat de vente disponible en ligne – à le laisser à la disposition de tous tant que la technologie le permettra. Il est fondamental pour l’artiste que l’heureux acquéreur n’en deviennent pas l’unique jouisseur. Bien qu’il ait le privilège d’avoir son nom associé à la création, il y accède de même la manière que les autres internautes !
Démo de l’application Cloud

Le mouvement figé pour toujours

En s’exposant sur le net, les oeuvres de RR se dispensent des intermédiaires classiques et évitent les rendez-vous imposés. Les internautes se connectent à leur gré et à volonté depuis leur ordinateur ou leur smartphone. L’artiste a décliné certains sites en application iPhone et pour moins d’un euros il est possible d’enlever les nuages de notre carré de ciel bleu grâce à Cloud ou de frôler la crise d’épilepsie avec Hybrid Moment.
L’artiste accorde une grande importance au mouvement, celui du doigt sur l’écran et celui des images elles-mêmes: “J’évite de faire des images qui ont un début et une fin. J’aime l’idée que le temps est figé mais que tout soit en mouvement. Les images se comportent comme les cascades, toujours en mouvement mais sans destination.” Irréels mais pas virtuels, les sites de RR sont soumis à une temporalité différente. Ce sont des mondes figés mais en continuelle agitation, qu’ils sollicitent la main de l’internaute ou qu’ils s’en émancipent.
Hébergés sur le réseau et toujours exportables, les sites sont visibles grâce à des outils technologiques sans pour autant s’attacher à leurs particularités : plus la technologie est avancée, plus les images vectorielles qui constituent les animations en Flash seront valorisées.
Palpable mais pas préhensible l’œuvre de Rafael Rozendaal n’est pas matérialisable. L’artiste confie d’ailleurs son dédain pour les objets : “Je n’aime pas les objects, ils se brisent. On ne peut pas briser une chanson, un film, ou même un livre…” Créé pour et par Internet l’oeuvre de Rafael Rozendaal est imbrisable. De fait, “tant que la technologie le permet” le temps n’a pas de prise sur elle.

Naviguez !

Voici une sélection de 5 sites créés par Rafael Rozendaal donnant un aperçu de la variété de son travail. Attention, ces petites mondes ne sont pas véritablement « safe for work » en ce qui concerne la productivité : on peut s’y égarer et ne pas voir le temps passer !

www.onandoff.org
www.mirrormouse.com
www.jellotime.com
www.fromthedarkpast.com
www.lovegameset.com

Stéphanie Vidal. Article publié originellement sur Gaîté Live (Septembre 2011)

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