[ GAITE LIVE ] Jon Rafman, prises de vue en mondes virtuels

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Pour l’émission l’Œil de Links, Jon Rafman a filmé les Twin Towers de Second Life, son avatar lisant en voix off lit un poème de Rimbaud. Revenons sur quelques faits d’armes de ce net-artiste, grand explorateur des mondes parallèles.

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Le cadre est l’image

Est-ce que l’appareil photo fait le photographe ? Le netartiste canadien Jon Rafman chamboule les clichés en exposant ses screenshots à côtés des tirages de ceux qui font la photographie d’aujourd’hui. Les curieux peuvent ainsi découvrir sa série 9 Eyes aux Rencontres d’Arles jusqu’au 18 Septembre, dans le cadre de l’exposition From Here On qui fait la part belle aux images numériques.

Immergés dans un monde fait d’images, nous interagissons avec elles au quotidien : en les partageant sur des plate-formes sociales comme Flickr ou Instagram, en les compilant comme le ferait un commissaire sur Tumblr ou WordPress, en les extirpant de leur situation initiale, en les modifiant par le copié/collé, le drag/drop ou l’impression d’écran comme le fait par exemple Jon Rafman.

 Jon Rafman ne se prétend pas photographe mais sa pratique relève pourtant de la démarche photographique, qu’il remet en question à l’aune des technologies digitales et de la culture du remix. “C’est l’acte de cadrer qui donne du sens aux choses” : en extrayant des images incongrues de Google Street View, Jon Rafman leur donne une nouvelle dimension narrative et spatiale – qu’elles soient postées sur un Tumblr ou imprimées en grands formats.
Jon Rafman, 9 Eyes of Google Street View, 2011
Jon Rafman, 9 Eyes of Google Street View, 2011

Le netourisme en png

Netartiste et netouriste, Jon Rafman connaît aussi bien les petites rue d’Edimbourg que les grandes avenues de Barcelone, les impasses de Guemene-sur-Scorff et les boulevards de Portland. Ils les a tous visités depuis son bureau de Montréal et s’est constitué un album de voyages rempli de photographies cocasses, dérangeantes et surprenantes.

Les images de Google Street View sont générées à partir d’une caméra à 9 focales installée sur le toit d’une voiture qui parcourt les villes du monde entier. Pendant son long travelling, la caméra capture des scènes sans jamais faire de seconde prise ; montrant à posteriori et sans tri les rues et le quotidien de ceux qui les empruntent.
Dans le monde selon Google, il fait toujours soleil et le temps est suspendu jusqu’à la prochaine mise à jour. Il y a des enfants qui contemplent des orques, des hommes qui achètent des armes, des jeunes femmes qui téléphonent en regardant par la fenêtre, des chevaux qui courent follement, des prostituées qui attendent les clients.
Avec l’application Street View, Google moteur de recherche devient le moteur d’une recherche. L’œuvre sérendipitique de Jon Rafman n’est pas l’issue d’un laborieux travail de production mais d’une interminable quête vers sa propre apparition.
Code of Honor

Les machinimas : la caméra dans les images

Bien que le projet Google Street lui prenne la majeure partie de son temps, l’artiste continue de sévir sur d’autres plateformes. Après avoir fait évoluer plusieurs personnages sur Second Life – comme son fameux avatar Kool Aid Man – il y entreprend désormais la réalisation de machinimas.

Dans son tout récent film intitulé Codes of Honor, il raconte ses pérégrinations IRL ( In Real Life, car l’artiste se ballade aussi dans les rues pour de vrai ) dans les salles d’arcades new-yorkaises où il a passé une année à partager les manettes des meilleurs joueurs de l’histoire de la programmation.
Heureux bénéficiaire d’une bourse décernée par le site rhizome.org, il se lance actuellement dans le tournage d’un scénario deTao Lin – représentant épique de la génération lolcat ayant un goût prononcé pour l’écriture et la MDMA. A la drogue de synthèse, Rafman préfère le trip digital dans les mondes virtuels qui figent les instants et mettent les rêves en mouvement.

Liens

Site de Jon Rafman
Voir l’émission l’Œil de Links

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